Les Artistes


> Monique ROBERT

MATIERE ET TRANSPARENCE
De retour sur nos cimaises, Monique ROBERT qui s'est fixée un nouvel axe de recherche, présente à l'Espace de la Calende une trentaine de peintures inspirées par la cathédrale de Rouen, joyau du patrimoine normand.
Ce thème, dont Jean Bréant et tant d'autres avaient en leur temps exploré les multiples facettes, est pour Monique Robert l'occasion de jouer avec les contrastes et les effets de matière en utilisant notamment du sable noir de la Réunion, du papier japonais et de la poudre de carborundum. Aux noirs dont l'épaisseur et la densité évoquent la fermeté des éléments d'architecture -flèche, pinacle, ossature de l'édifice - elle oppose la transparence fluide de la lumière, comme si celle-ci provenait des profondeurs du ciel. Cette clarté triomphante et quasiment mystique décline toute une gamme chromatique, allant des rouges incandescents aux bleus limpides en passant par une série de nuances intermédiaires telles que l'orangé et le vert. Directement inspirées par les vitraux flamboyants des verrières de la cathédrale, les couleurs accentuent le cisèlement des formes du premier plan.
Jamais jusqu'ici, semble-t-il, l'artiste n'avait poussé sa recherche aussi loin en termes d'exigence esthétique et technique. Lors d'une brève apparition en galerie, de petits formats raffinés annonçaient les travaux qu'elle nous fait partager aujourd'hui en grandes dimensions.
Misant avec dextérité sur les oppositions (alternance de mat et de brillant, de vide et de plein, de lisse et de rugueux à l'aspect abrasif), le peintre nous fait entrevoir un au-delà surgissant de l'arrière- plan de chaque toile, comme si l'irrésistible clarté céleste nous faisait oublier la pesanteur terrestre.
La qualité de ces travaux s'impose comme une synthèse et un aboutissement de tous les essais antérieurs et nous présageons que le public saura y voir le couronnement d'une trajectoire patiente et sans cesse remise en question.
Luis PORQUET
Le 9 septembre 2015