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Exposition : "Michel DELAUNAY" du 23/4 au 21/5/16.

Professeur à l'ESADHaR, Michel DELAUNAY présente ses Géométries dans l'Espace.



EXPOSITION  Michel DELAUNAY du 23/4 au 21/5/16
Géométries dans l'Espace


Né en 1951, il a fait ses études scientifiques au Havre avant de s'orienter, en 1973, vers le site rouennais de l'ESADHaR. Son approche spéculative des polyèdres lui a permis d'être diplômé en 1978. Il s'agit d'une approche d'auto réflexion, de doutes métaphysiques et de mise à distance philosophique des choses temporelles. 

Il intègre aussitôt l'équipe pédagogique de l'ESADHaR à Rouen en qualité de Professeur de Perspective. Son intérêt pour la vidéo l'amène également au suivi des projets des étudiants utilisant ce médium. Son enseignement se base  essentiellement sur les systèmes de représentation de l'espace, de l'affirmation des codes à leur dépassement, au-delà de toute certitude.

Il a développé en parallèle son activité au sein de l’école d’architecture de Rouen puis dans l'enseignement secondaire. Ses productions ont été présentées dans des expositions collectives et personnelles (Ecole des Beaux-arts, le Musée, l'Abbatiale Saint-Ouen de Rouen...).
Son travail aborde la question des « représentations », c'est-à-dire dans des formulations visuelles de l'idée que l'on se fait des réalités la raison est mise en doute, dans la mesure où celle-ci rencontre un point où elle ne peut satisfaire ses exigences. « Il n’y a pas d’œil innocent» a dit Gombrich. Ses productions établissent une relation entre la conception totalisante et fermée du monde par Nicolas de CUES, et le principe unitaire et centripète du tableau albertien.

Pour conclure, il aime à dire que la perspective est unifiante qu’à condition d’avoir la distance suffisante pour prendre conscience de ce qui est à unifier.  


     
GEOMETRIE DE L’ESPACE

MICHEL DELAUNAY – Espace de la Calende

23/04  au  21/05/2016 

C’est l’architecture du cube qui crée l’espace. Le but est de récréer un semblant de réalité révélant l’artifice, un moment d’illusion absolue pour susciter l’effet de surprise. Ces cubes sont caractérisés par une recherche sur la géométrie et les formes représentées. L’objet n’est pas représenté tel qu’il apparaît visiblement, mais par des codes correspondants à sa réalité connue.

Mon travail consiste donc à représenter en deux dimensions un objet de l’espace, l’aspect stable et conceptuel des choses. Je prône le rationalisme et la ligne, le retour à la simplicité pour montrer l’essence des choses. J’adopte une technique mathématique pour créer un espace virtuel unifié. Une technique qui génère une illusion de profondeur.

La perspective servira de modèle pour la conquête de la « vérité ». Il s’agit d’une méthode graphique pour représenter les apparences des choses telles que vues par un œil humain en certaines conditions bien précises. Reproduire la forme d’un cube c’est aussi, d’une certaine manière, acquérir un pouvoir et une maîtrise sur ce volume. La perspective est une technique aussi artificielle qu’abstraite. 

La représentation de l’objet n’est pas la chose, elle ne fait que montrer la chose, le modèle, mais c’est sous la forme de symboles que la représentation montre l’original. La justesse de la perspective ne peut être qu’illusoire. Ainsi, la perspective de ces cubes n’est pas une propriété intrinsèque du monde de la réalité, qui correspondrait à la nature des choses, mais un procédé d’expression symbolique.

La perspective mathématique est une méthode de construire ces cubes par des « fenêtres virtuelles », que j’ouvre dans l’espace feint de mes productions. Tout concourt à favoriser l’illusion et tromper la vision. Ce n’est pas l’espace mais bien l’objet qui est considéré de manière isolée.  

A partir de la réalité effective du volume cubique, je tente de comprendre les conditions de possibilités de cette réalité. Dans l’espace géométrique, les différences concrètes qui dépendent de notre expérience sensible de l’espace sont abolies par la nature abstraite de l’espace géométrique.  L’espace est engendré par une construction logique qui est tout le contraire de l’espace donné par la perception.

L’esprit humain a ainsi une tendance à normaliser ce qu’il voit en fonction de ce qu’il sait, ainsi les objets perçus par l’esprit sont promus par celui-ci à un niveau d’existence indépendante de la perception simple. Je pense en fonction de la représentation sur un plan, et non en fonction de l’objet naturel. Ce sont ces cubes qui engendrent l’espace.

Chez Aristote, le lieu est toujours défini en fonction d’un corps. La construction perspective ne fait que traduire une structure formelle une conception de l’espace. Le solide et le vide, sujet et fond, se mêlent, peut-on dire, pour constituer un tissu homogène.
J’extirpe l’illusionnisme spatial en faveur de surfaces plates, précises, délimitées et ordonnées par des lignes fermes et nettes. Figure et fond ne sont que deux formes d’une même substance. C’est à partir de cette fusion entre les objets solides et leur espace que nait la tridimensionnalité et la substantialité. Mais cette tridimensionnalité et cette substantialité reposent sur une substance homogène régie par un principe d’uniformité. Corps et espace sont d’égale valeur, deux formes d’expression, d’une « unité homogène et indivisible ».

La géométrie euclidienne est consacrée à l’étude de ce corps rigide, une figuration obtenue par le biais d’une systématisation et d’une rationalisation géométrique de cet espace infini. L’emploi de la perspective et la mise en jeu délibérée de son dispositif régulier donnent figure à la venue de l’incommensurable dans la mesure, de l’invisible de la vision. Je construis l’espace de façon à faire revenir la planéité de la surface au sein de la profondeur, en faisant ainsi, selon la formule célèbre de Nicolas de Cues, « coïncider les opposés ».

Je prends en considération la représentation de l’ « apesanteur », et c’est au travers de la construction géométrique que ce corps en vol  est rendu sensible.

La perspective géométrique est une technique de représentation ; en tant que telle, elle donne figure à la représentation d’une représentation (du monde) ou, pour le dire plus précisément peut-être, elle donne figure à la figuration (du monde) comme représentation. 

La structure d’un espace mathématique est ainsi opposée à notre perception de l’espace. La perspective construit un espace mais n’en est pas un. La perspective permet de représenter le monde tel qu’il n’existe qu’en idée. Le polyèdre organise la surface de telle façon que la figure géométrique, qui est aussi importante que les lignes, rayonne et limite la surface. On peut observer un équilibre entre les lignes pures et la forme qui forment un réseau de lignes sans perdre sa substance corporelle. Nous sommes face à un motif géométrique corporel, calculé mathématiquement, qui matérialise le support où il est inscrit. La géométrie des rayons nous rend le monde visible. Ces cubes sont en rapport avec les structures cristallines et les microstructures naturelles (diatomées et radiolaires).

Je soumets le monde des corps à une déconstruction mathématique rigoureuse, dans le seul but de les reconstruire ensuite fidèlement dans le médium incorporel du collage. Cette vision spatiale du cube sur une surface représente l’image déterminée de ce volume qui produit la réalité indéterminée, de la forme visuelle. 

Ces productions donnent une impression, au moins superficielle, de cohérence absolue, où tout est centralisé en fonction d’un seul regard. Ces collages expriment l’utopie perspective.

En faisant référence à Narcisse, on ne peut pas prendre pour un corps ce qui n’est qu’un reflet. Ici l’image représente le minéral, un clin d’œil au mythe de la Méduse dont l’Homme antique craignait que ce regard le pétrifie. Ce regard frontal est il interdit ? Faut il aussi détourner son regard du miroir ?  
Mes volumes apparaissent comme des ombres dans le miroir, telle est la théorie platonicienne des apparences et des fantômes.

 

                                                                                            Delaunay Michel, 23 mars 2016                                                                                                                Michel DELAUNAY