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Exposition de peinture : "Claude DUVAUCHELLE" du 19/01 au 09/03/19



Claude DUVAUCHELLE, peinture.

A l’origine

Inspiration, expiration, le souffle. La vie, l’humain. Corps à corps. Corps accord.

Comme source d'inspiration donc, le corps. D’abord le christ mort, celui de Mantegna, un des premiers (sinon le premier) et le plus audacieux raccourci de l'histoire de la peinture. Le quattrocento et sa cohorte de peintres, lumineux et sombres. Clairs obscurs, martyrs et crucifixions. Le corps sacré, douloureux, souffrant, sublimé et magnifique.

Puis un peu de romantisme, Géricault et son radeau. Représentation et sublimation cette fois du corps profane, corps tragique à la dérive.

 

La réalité

Transposition désacralisée conjuguée au présent en dehors de toutes références religieuses. L’humain, auteur de ses propres maux, dans sa splendide dimension dramatique universelle.

Allégorie du délabrement programmé du monde actuel.

Tentative de mettre en images les douleurs et l’aliénation engendrés par les infinies variations de la violence sociétale et individuelle. Cruauté des hommes envers leurs congénères. Dépeindre une humanité retournée à son animalité originelle, esclave de ses instincts les plus funestes.

Claude Duvauchelle.

Expression de celui qui SAIT  comme l’artiste lui même qui se met en danger. Postures terribles, paysages faits de peaux où n’apparaît jamais la femme à moins (mais on ne le saura jamais) que l’homme lui face un rempart de son corps supplicié. Et, si la tonalité est sombre, il y a dans ces œuvres ce qui arrête et glace, une fascination. L’on ressent de manière presque physique les liens de chanvre s’incruster, cisailler votre propre chair.

Vient alors cette empathie que l’on n’éprouverait peut être pas si l’on savait les visages, l’identification avec ceux que la vie (ce double de la guerre) emprisonne et torture.

 

L’on se prend a soulever son bras pour y retrouver le jeu des tendons et des muscles que l’artiste , dessinateur prodige, observe avec la lucidité stupéfiante de qui a longuement étudié les mains et les pieds des crucifié chez les grands peintres de la Renaissance. Torsion des orteils et des doigts, veines saillant comme des cordes, charpente des os semblables à des arêtes de fer.

Ici la relation entre l’art et le souffrance s’inscrit, tatouages indélébile qui subjugue celui qui regarde au point qu’il aurait envie de dépasser ce qui semble morbide pour aller fouiller sous ces peaux, trouver sous les déchirures et les lacérations cette vision du monde que nous offre Claude Duvauchelle. Le dessin, le sens des couleurs sont tels que l’on ne peut se détourner. Je ne sais si Claude Duvauchelle a voulu nous mettre face à un insoutenable car son art, quelque part, cesse d’être affirmation pour devenir questionnement mais toute sa force réside dans ce glissement nécessaire à toute œuvre. Reste sans doute l’espérance. Une espérance dont l’artiste serait si peu sûr qu’il se refuserait à lui donner un visage, comme il se refuserait à offrir un miroir à ceux qui, nombreux, seront pour très longtemps, hantés par ses toiles…                                                                            Jacques DUCRET MACE

                                                                                                                                      

Corps à corps… de Claude Duvauchelle

Le corps en mille poses, variations,  dislocations, paraît comme le schème récurrent d’un travail autour de la souffrance humaine. Face à face, mise à nue, on se fige. Peu à peu à l’étourdissement s’évanouit, les yeux  s’habituent lentement à la mise en orbite d’expressions diverses et variées de l’anatomie,  dans un univers autre, que le Musée de l’homme.  Perspective, mouvement, proportions, Claude Duvauchelle explore en cartographe l’écartèlement des corps, allégorie sans équivoque du délabrement programmé du monde actuel.

L’homme… face au gouffre d’une machine molle *

Dans ce cut-up pictural, les visages n’ont plus droit de Cité. Le corps seul, mène la danse. Où va-t-il ? Où régresse-t-il ?  Tout os, tout muscle, le malmené n’a plus sa tête.  Il s’égare dans l’interzone, lieu de perdition éternelle, courant vers sa destruction.  Quand la raison fléchit, le corps parle encore. Il donne à voir les zones souches de sa douleur. Les peintres de la Renaissance Italienne ont accumulé une divine maestria dans la représentation de la souffrance humaine, tout artiste de l’époque se devant d’osciller entre le profane et le sacré. Passions, vanités, lamentations, l’homme a beau se prendre  les pieds dans les cintres,  il tarde à trouver son équilibre entre les deux.  Son théâtre n’est que pouvoir, violence, cruauté. L’artiste nous renvoie à nos défaillances, psyché montrant la vie emberlificotée dans un manque d’humanité qui peut détruire, engloutir, dévorer la terre, comme Saturne ses enfants.  

Les paupières de l’âme ont-elles un corps à incarner?

Le peintre surprend, on l’a compris. Claude Duvauchelle travaille à l’acrylique sur toile, papier marouflé, il dessine, sculpte des matières bien à lui, secrètes. Son parcours artistique peut informer sur ses « corps à corps », il donne des pistes : « J’ai séjourné longtemps en Italie et suivi des cours à l’école des Beaux Arts  de Brera, près de Milan. Les peintres de la Renaissance me passionnent. Toutes ces œuvres de crucifixions, martyrs, m’ont fortement et durablement impressionné. On mettait en croix un homme, le symbole de la croix est violent, mais aujourd’hui que fait-on ? La violence est omniprésente dans notre monde ».  Sculptures et « livres portraits » parachèvent un travail qu’il faut découvrir. Claude Duvauchelle, un artiste du sens, à suivre…

Ophélie Grevet ©