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Exposition de sculpture "Philippe AÏNI" du 7/9 au 5/10/13

Une rentrée peu ordinaire à l'Espace de la Calende avec la présentation des oeuvres recentes du sculpteur Philippe AÏNI.



AÏNI : peintre, sculpteur
Philippe AÏNI peint avec acharnement, ne voyant que très peu d'artistes et d'amis proches ; néanmoins, son travail intéresse : certains amateurs d'art le sollicitent pour l'exposer : J. Pierre Roche, notamment, directeur de la galerie ÉMERGENCES à Bordeaux, qui aime passionnément son travail, l'expose à plusieurs reprises, contribuant ainsi à le faire connaître dans le Sud-ouest. De même Guy Lafargue qui dirige la galerie ART CRU à Auch.
En 1985, son exposition au Musée du Carmel à Libourne connaît un énorme succès qui l'étonne et l'encourage à la fois ; un succès qui se renouvelle l'année d'après avec la galerie " Art Objet " à Angoulême.
Fin 1985, premier contact avec Cérès Franco à la galerie "L'œil de bœuf" à Paris. C'est sous son impulsion qu'il participe à l'exposition "70 Sculptures polychromes" organisée par le Dr. FRAISSEIX à Eymoutiers en août 1986.
Dans la même année, il est choisi par le directeur de la Translatique Théâtre, François MAUGET, pour réaliser les décors de la pièce de Mario Vargas Llosa "La demoiselle de Tacna", présentée le 27 avril 1987 au Centre André Malraux à Bordeaux.
Son travail le fait rapidement connaître au-delà des frontières, notamment avec la fresque très controversée qu'il réalise dans une Eglise du 11ème siècle à Flines-lez-Raches, près de Douai.
Ses incursions en Belgique (Musée d'Art Moderne à Mons - Foire Internationale Linéart de Gant en 1991-92) et en Suisse (Foire Internationale d'Art Contemporain à Genève en mai 1992) ne l'empêchent pas de participer activement aux différentes manifestations artistiques de la capitale comme le "Salon de mai" en 1989 et 1991 ou "Figuration critique" en 1987-1990-1991, qui l'amènent à l'exposer à Moscou, Leningrad et Copenhague, succès artistique croissant que "Découvertes" en février 1993, au Grand Palais, ne fait que confirmer.
À Évreux, Philippe AÏNI expérimente une nouvelle forme d'expression, les moulages de corps. Toute une série de sculptures (les salles de bains) et de tableaux en relief, très appréciés à la galerie Jean-Claude Riedel à Paris.
En 1998, il part en Guadeloupe. Ne pouvant s'y exprimer librement pendant cette période, il revient en métropole où il est accueilli généreusement par le maire d’Oissel, Thierry Foucaud. Après ce choix de retour, la création, malgré le doute, ne l'a pas quitté et il continue d'en explorer ses méandres (la terre céramique, la peinture).
Il écrit une pièce dont il fait la mise en scène autour de ses décors : "Sein Symphoniquement", qui est jouée pour le dernier printemps du siècle au Théâtre Molière à Bordeaux. Suite au Carrousel du Louvre, la maison AÏNI s'ouvre à Paris, et ses œuvres de grandes tailles y trouvent leur place en permanence. L'étranger le sollicite de plus en plus (Belgique, Luxembourg, Allemagne, USA).
2001 Suite à une exposition de terre cuite en 2000, sortie d'un bronze intitulé "Je t'aime".
 
 
L'année 2002 marque son passage à New York où il obtient un vif succès à Outsider Art Fair, passage qui aboutira à de nouvelles expositions aux Etats-Unis : il louera pendant quelques mois un atelier d'artiste dans Brooklyn : isolé de tout, il trouvera son alphabet, sa nouvelle écriture. Une exposition en 2003 à Miami, encouragera sa démarche d'ermite, et rentrant en France, exposera en Septembre 2003, à la Galerie les singuliers: "Evolution échangeante".
"Sa peinture évolue et change aussi dans les couleurs. La pâte de bourre affinée à l'extrême verticale, accompagne avec bonheur l'écriture volubile du peintre. Sa vision toujours même, fantastique, attachante, sur l'humanité déchirée de tous siècles, s'égaye de couleurs. Celles-ci ne cachent pas le drame certain de la vie, mais l'aèrent : l'espace devient au-delà.
Or, en gestation depuis 2004, puis soutenu par la galerie idées d'artistes et AZART magazine de Gérard GAMAND, AÏNI peaufine son abécédaire, ponctuant ses toiles et ses sculptures de pictogrammes - bourre ; ainsi, il monochrome son œuvre désormais, servant de plus en plus l'ultime matière, sa chair à matelas, comme base d'écriture sur des toiles de lin brutes. Sa parole d'artiste ne change pas, austère et authentique, élargie sur le monde d'éternel combat entre le mal et le beau, chemin faisant notre contemporain. Son chant d'expression trouve sa voie dans des pages toiles, loin de toute école et note d'appréciation.

« La peinture de Philippe AÏNI a recours à un ingrédient relativement inattendu dans le monde artistique : la bourre à matelas. Usant de cette substance mêlée de colle comme d'une pâte malléable, il en a fait un matériau d'une stupéfiante plasticité. Répandue sur la toile selon les besoins de la cause, elle devient la chair même de ses personnages tourmentés. Et de combien d'épreuves ne transpire-t-elle pas dans les mains de l'artiste livré à ses chimères, ses doutes et ses angoisses ?
Phonétiquement déjà, le mot se charge de sens multiples : la bourre, que l'oreille insidieusement rapproche d'un autre substantif , labour, cette mise à nu de la glèbe en vue des rituelles semences, renvoie inéluctablement au lit, lieu du sommeil profond, de la pensée horizontale et des plus voluptueuses caresses, minuscule territoire où la prodigue semence de l'homme jaillit au paroxysme de l'étreinte, porteuse de la merveille ou du désastre, selon l'état secret de son cœur. Or, AÏNI, précisément, ne cesse de nous parler d'amour, de fusion et de mort. La femme, dont il ressent l'évidente supériorité créatrice - car elle seule donne la vie quand l'homme ne fait, le plus souvent, que l'avilir par son affligeant besoin de domination - la femme est à la fois à l'origine et aux confins de tout désir. Son ventre est la matrice nébuleuse, le creuset d'ombre où s'élabore l'avenir, la sauvegarde des fils d'Adam, cet étourdi qui délaissa l'arbre de vie pour l'arbre du savoir, la jouissance pour l'agitation. La femme est, plus que l'homme, indispensable au renouveau de l'espèce, mais elle est, en retour, meurtrie, suppliciée, sacrifiée au grand mythe de l'activisme planétaire, brûlée vive sur l'autel des petits empires éphémères qui la laissent, presque toujours, en dehors des rêves brutaux et des vaines ambitions de l'homme. Peu de princes ont l'inspiration de nous laisser un Taj-Mahal. Peu de princes ont l'Amour pour guide dans la conduite de leurs actions.
Quoi qu'il en soit, la femme est pour jamais au cœur de l'univers. C'est de là que je viens et c'est là que je veille sans cesse à retourner, nous dit à son propos le peintre, d'une voix chaude où subsiste la lumière exaltée du sud-ouest. Quel contraste, à première vue, entre ce commentaire si généreux, si absolu, et l'ironie dévastatrice qui émane de son œuvre. On dirait qu'AÏNI s'applique à ne peindre, à ne sculpter que notre aveuglement congénital, faisant de la civilisation un pur objet de carnaval. Mais la fête, chez lui, arbore un goût amer, pour ne pas dire macabre. Ainsi, comparant l'existence à un fleuve, il voit l'humanité dérivant sur un frêle esquif, incapable d'apercevoir la beauté exquise de ses rives.
Est-il mystique ? chrétien ? Rien ne le prouve dans son discours. Il ressent le destin des hommes comme un immense gâchis, une masochiste parodie du vrai pouvoir qui jamais ne s'applique à asservir le monde mais se dévoue à célébrer sa beauté la plus impalpable. AÏNI a sans doute quelque chose à voir par son style, bien plus proche de Francis Bacon. Torturés, sans repères, ses homoncules s'égarent au beau milieu des eaux saumâtres, incapables de s'accorder le repos qui les sauverait, ce reconstituant souverain.
Tout dans l'œuvre du peintre exprime cette inquiétude, à la manière d'un exorcisme, évacuant du présent l'angoisse qui ruine toute chance d'accomplissement. S'il touche du doigt la zone ténébreuse de l'être, c'est pour mieux nous montrer nos errances, à l'image de l'Enfer de Dante. Et l'errance n'est jamais éloignée de l'erreur.
AÏNI sait combien la vie est un don précieux de présence, de partage infini, d'amour. Quiconque l'ignore est condamné à dériver sans feu ni lieu.
                                                   Luis PORQUET – critique d’art « Les Affiches de Normandie » 2004.